Il y a ensuite ses commentaires sur l’usage que Rodin faisait des moulages des ses propres sculpture qu’il démembrait pour créer une sorte de librairie d’éléments sculpturaux (main, bras , lied, bustes, etc) qui pourraient éventuellement resservir dans de nouvelles œuvres, donc là aussi un entremêlement de moulages et de nouveau travail au sein de la même chaîne opératoire. Et je suis tombé sur ce texte étonnant qui a beaucoup à voir avec l’animation, particulièrement la phrase suivante : «C’est un mouvement où l’inanimé se compose avec l’animé, où la «vie» n’est plus que l’inquiétante et mobile forme en travail». Mais voici la citation au complet : «Une Étude du pied droit fut ainsi modelée par lui, puis très attentivement moulée (l’opération nécessitant un moule de sept pièce, pas moins) de façon à obtenir non seulement une série, mais encore plusieurs séries, plusieurs générations d’arrangements différentiels. La multiplication est ici «paradigmatique» et «procédurale» à un double niveau. D’une part, elle autorise ce montage du même avec le même qui donne bien avant Robert Morris, une réponse pratique, une réponse formelle inédite aux questions de la sérialité, de la reconnaissance visuelle des volumes selon plusieurs points de vue, etc.

D’autre part, cette prolifération, autorisée par le moulage, donne au mouvement – le souci dominant de Rodin – un sens entièrement nouveau, un sens déplacé : ce n’est plus le mouvement vitaliste, voire spirituel, revendiqué si souvent par l’artiste avec des outils conceptuels que sa propre pratique subvertissait déjà ; c’est un mouvement d’un autre genre, un mouvement organique, pourrait-on dire en suivant les sens divers du mot grec organon (organe du corps vivant, mais aussi instrument d’un travail, instrument de musique, «matière sur laquelle on travaille», forme du langage, particularité du style, ouvrage…). C’est un mouvement où l’inanimé se compose avec l’animé, où la «vie» n’est plus que l’inquiétante et mobile forme en travail – agonie et accouchement mêlés, «énergie» et «épave» mêlées (selon les termes de Steinberg), décomposition et morphogenèse mêlées ou, plutôt, dialectiquement nouées.» p. 165, Georges Didi-Huberman, La ressemblance par contact (Archéologie, anachronisme et modernité de l’empreinte), Les Éditions de Minuit, Paris, 2008

Voir mon texte L’idée de l’animation et l’expression instrumentale.