Seule la main...
By Pierre Hébert,
Tuesday 2 December 2008 at 14:27 :: General
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Only the hand..., Solo la mano...
VIDÉO, en anglais (Vancouver).
VIDÉO, en français (Beyrouth) .
VIDÉO, en italien (Macchiagodena).
VIDÉO, tournage de la performance à Macchiagodena, Italie.
PHOTOS de Petra Benovsky performance de Macchiagodena.
La performance Seule la main… a commencé à Vancouver en février 2007 à l’occasion d’une visite au Emily Carr Institute of Art and Design pour rencontrer des étudiants en cinéma d’animation. Une soirée image/musique fut organisée à cette occasion par le groupe Computational Poetics au cours de laquelle je devais faire une improvisation à quatre main avec Aleksandra Dulik et un duo avec le musicien Stefan Smulovitz. Pour ce duo, j’ai choisi de travailler à partir d’un texte que mon ami français Hervé Joubert-Laurencin, éminent spécialiste de Pasolini et du cinéma d’animation, avait attiré à mon attention : Seule la main qui efface peut écrire la vérité.
Hervé savait fort pertinemment que cette phrase m’intéresserait à plusieurs titres : à cause de son caractère paradoxal, à cause de sa mise en situation du geste d’effacer, qui était alors devenu un élément essentiel de mes performances d’animation en direct. Il avait pris connaissance de «la phrase» au cours d’une conférence du professeur Carlo Ossola. Sans entrer dans les détails, il s’agit d’une phrase attribuée, de façon probablement apocryphe, au mystique Rhénan Maître Eckhart. De toute façon, l’idée d’associer effacement et vérité circule depuis fort longtemps, on en trouve des traces sous différentes formes, dans les Évangiles, chez Dante et ailleurs.
Au-delà des implications mystiques de cette phrase, ce qui m’intéresse avant tout c’est son rapport précis avec mon processus de travail en animation improvisée, dessiner et effacer de façon cyclique : le mouvement animé ne peut apparaître que par l’effaçage. La phrase m’intéresse aussi parce qu’elle lie la question de la vérité à des activités physiques qui mettent le corps en action, qui supposent des gestes, à savoir écrire et effacer et non seulement «dire la vérité», bien que le langage reste nécessairement toujours impliqué comme substrat. Il m’a semblé que l’impossibilité d’attribuer cette phrase à aucune source certaine m’autorisait à l’investir d’un sens qui me convienne, ce sans nécessairement écarter toutes les interprétations possibles, repérables dans sa longue histoire.
J’ai donc fait cette performance d’abord en anglais (Only the hand that erases can write the true thing). Je l’ai repris plusieurs fois par la suite en français (à Toronto, à Beyrouth, à Montréal et à Chicoutimi). À Beyrouth, j’ai regretté de ne pas l’avoir fait en arabe. Cependant, à cause de mon ignorance de l’écriture arabe, cela aurait demandé trop de préparation et d’exercice pour avoir été réellement possible pendant un court séjour. Néanmoins, faute de l’avoir fait cette fois là dans une autre langue, j’ai résolu de saisir toutes les occasions pour faire cette performance dans le plus grand nombre possible de langues. C’est devenu un projet. L’objectif d’associer à l’austère mystique de l’effacement portée par la phrase le foisonnement de toutes les langues de l’humanité rajoute une autre couche de paradoxe et donne une valeur moins unilatérale à l’entreprise : que pour advenir la vérité doive non seulement passer l’épreuve de l’élimination du superflus mais doive également s’engager dans la répétition infinie dans tous les idiomes de l’humanité.
J’avais d’abord pensé que l’édition d’un coffret DVD reproduisant des captations de toutes les versions serait le terme du projet. Maintenant, je crois que la diffusion simultanée de différentes versions, qui permettrait de créer un ensemble plastique et dynamique plus vaste, est plus intéressante que la simple collection de différentes versions sur un support DVD. Ce qui rend cela visuellement intéressant, c’est que toutes les performances ont la même structure (définie par l’organisation interne de la phrase et de la musique, qui est toujours la même) mais sont toutes différentes dans leur «timing», leur construction dynamique et plastique. Lorsque ce sera techniquement possible, j’envisage donc de faire la performance sur trois écrans (deux versions antérieures diffusées sur les écrans latéraux et la nouvelle au centre). Le point ultime du projet serait une installation vidéo qui regrouperait sur un mur d’écrans toutes les versions en différentes langues qui auront été réalisées en performance dans différents pays. Ce point est important. La multiplication des langues ne suffit pas, cela n’aurait pas de sens que je fasse des performances en différentes langues en atelier. Je pose nécessaire de faire les performances en différentes langues devant des locuteurs de ces langues dans les lieux où ils vivent.
En mai 2008, je l'ai fait en italien dans le village de Macchiagodena, dans les montagnes à 200 km de Rome puis à ZOCulture à Catania en Sicile (Solo la mano che cancela puo scrivere la verita). En janvier prochain, je serai en Belgique et le 29 janvier je présenterai Seule la main... en Néérlandais (en Flammand plus précisément) au Vooruit à Gand : Enkel de hand die uitwist kan de waarheid schrijven, puis le 7 février en Portugais à la Faculdade de Belas Artes de Lisboa (FBAUL) à Lisbonne: Só a mão que apaga pode dizer a verdade. À ce moment là je serais rendu à 5 langues différentes.
Pour plus d'information sur les conditions de présentation de Seule la main..., contacter Pierre Hébert à ph@pierrehebert.com.

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